☆Rififi, 2026,
Galerie Florence Loewy
« Toute œuvre ayant une nouvelle forme fonctionne comme une machine de guerre, car son intention et son but sont de démolir les vieilles formes et les règles conventionnelles. »
Monique Wittig,
« Le Cheval de Troie », La Pensée straight, 2001.
Un troupeau de petits chevaux s’échappent pour envahir la galerie, un barnum coloré abrite une carte aux étranges méandres et des portraits d’enfants-fleurs, de chevalières et de dames-monstresses se déploient sur les murs. Le travail d’Héloïse Farago frappe d’abord par son apparente ingénuité et nous rapproche des gestes de l’enfance : jouer avec des figurines, dessiner sur les tables quand on s’ennuie, voir dans les paysages et les choses des formes humaines, imaginer des monstres mélancoliques et des guerrières amoureuses.
Sa démarche emprunte au carnaval et au cirque, deux formes dont on oublie souvent la capacité de subversion et qui ont fait de l’outrance et du kitsch des puissances agissantes. Dans la tradition carnavalesque, le monde est provisoirement renversé : le grotesque y détrône le sublime, les hiérarchies sont dissoutes dans le rire et l’excès. Le cirque prolonge cette logique en mettant en scène des corps et des créatures qui échappent à l’ordre ordinaire des choses. Héloïse Farago s’empare de cet héritage. Et il ne faut pas se fier à l’apparente immédiateté de ces formes. Très vite, quelque chose s’ajoute à notre joie de spectatrice, on se pose des questions : que fuient ces chevaux, qui sont ces femmes dessinées, où sont les hommes dans ces légendes ?
Influencée par les arts naïfs et les arts ménagers, Héloïse Farago s’intéresse aux formes méprisées, aux gestes marginaux. À rebours du canon de l’histoire de l’art, qui cherche des grandes figures pour établir un récit linéaire et qui a construit sa légitimité sur l’exclusion systématique de certaines pratiques, elle réhabilite des gestes dits mineurs, regarde les productions d’amateur·ices éclairées et défait les hiérarchies. L’artiste dessine, peint avec des émaux, modèle et coud, utilise des perles ou des rubans, et prend des napperons en papier dentelé comme support. Le choix des matériaux constitue un acte de positionnement dans le champ de l’art, une façon de déplacer les frontières de ce qui est jugé digne d’être montré et regardé.
Chacune de ses pièces a des allures de saynète et semble raconter une histoire que nous devons reconstituer. La narrativité y est toujours elliptique ; elle ne livre pas un récit mais ses restes, ses indices, ses marges. A nous d’inventer ce qui manque, de nous emparer de ces personnages qui tissent ensemble une fable loufoque. Ce travail agit comme le Cheval de Troie décrit par l’écrivaine Monique Wittig, il « fonctionne comme une mine, quelle que soit sa lenteur initiale. Il sape et fait sauter la terre où il a été planté. » En effet, il nous faut du temps pour comprendre qu’autre chose se trame dans ces dessins et ces céramiques et que derrière ces formes en apparence inoffensives se cache une charge critique. Héloïse Farago ne dénonce pas, elle déplace. Elle rend les hiérarchies ridicules, les dissout dans la couleur, la tendresse et l’étrangeté. Et c’est peut-être là sa force la plus singulière : avoir compris que le meilleur endroit pour cacher une arme, c’est peut-être l’intérieur d’un jouet.
— Hélène Giannecchini




Rififi, 2026
Vue d'installation, Métal, textiles, meubles en pin, faïence émaillée, dessins sur napperon, perles de rocailles.
Exposition personnelle Rififi
Galerie Florence Loewy, Paris
Photos : © Aurélien Mole Studio

☆ L'amorsure, 2025
Exposition personnelle au musée d'archéologie Archéa à Louvres, dans le cadre de la programmation hors-les-murs du Frac Île de France pour le cycle Berserk & Pyrrhia.
Photos : © Pauline Assathiany
☆ Baliveau et Pavillon
Exposition personnelle à Logre, Caen, France, du 6 février au 11 avril 2026
Photos : © Caroline Perrenoud




☆ Je repars guerroyer, 2024
L’ installation Je repars guerroyer est un clin d’œil aux barnums, sortes de tentes guerrières qui surgissent souvent dans les films de guerre où se forgent les clichés sur la masculinité blanche et hétérosexuelle dont la virilité s’incarne dans les conflits armés.Aussi, j’ai désiré proposer un barnum de la lutte contre l’hétéropatriarcat, en créant une tente militaire qui rappelle les tentes de jeux pour enfants, aux couleurs chatoyantes et aux matériaux plastifiés que l’on retrouve ici pour figurer des fenêtres.
À l’intérieure de la tente, les spectateur•ices peuvent s’assoir autour de la table qui porte la carte de la lutte, dans un désir de leur proposer un dispositif qui transgresse la règle muséale qui voudrait qu’on ne s’approche pas des œuvres. La carte en trois dimensions a pour référence -entre autre- la Carte de Tendre : représentation topographique de la conduite et de la pratique amoureuses, dans La Clélie (1660) de Madeleine de Scudéry.
Là où la Carte de Tendre est caractéristique de la préciosité du 17ème siècle en cherchant à faire sortir les hommes de l’égoïsme et de la brutalité en leur apprenant l’estime, le respect, le raffinement, ma carte est une proposition contemporaine et plus radicale, et elle est accompagnée de petits drapeaux qui en nomment les lieux avec des jeux de mots (Notol Menhir, L’étang change, la Coline Sel...).




Je repars guerroyer, 2024
Vue d'installation,
Métal, textiles, meubles en pin, faïence émaillée
Exposition collective Sweet days of disciplin, Centre d'art de la Villa Arson, Nice, FR
Commissaire : octopus notes
Photos : ©Jean-Christophe Lett
☆ Tintamarre, 2024
Je dis souvent considérer mon travail comme un Cheval de Troie , dans la mesure où les formes et références enfantines, drolatiques ou médiévales que j’utilise, sont facilement identifiables et faciles d’accès. Elles ne suscitent pas de méfiance, et me permettent d’introduire par et dans mes images, des représentations de personnages queers dans des processus d’émancipations. C’est pourquoi j’ai réalisé une série de grands dessins où se mèlent des personnages de Charivari et des Chevaux de Troie, clins d’oeil à Rocinante, le cheval de Don Quichotte, ou encore à « Oncle Alfred », le cheval de Fifi Brindacier dont je parle dans ma note d’intention.
Les grands dessins de chevaux, comme l’authentique Cheval de Troie, portent quelque chose dans leur « cachette », puisqu’ils servent de cadre à de plus petits formats de dessins ou carrément de cadre d’écran de vidéo pour diffuser mon film Love Story ( 2023).
Les grands dessins de personnages eux, sont une réappropriation du « charivari », un ancien rituel de sanction collective, qui surgissait comme contestation populaire souvent à la fois pour renforcer et subvertir des normes sociétales. Ce rituel, qui ridiculisait celleux qui enfreignaient les règles sociales –des femmes adultères aux couples homosexuels– manifestait la violence d’une société patriarcale et hétéronormative. En détournant cette pratique oppressante, j’ai souhaité en faire un charivari inversé où des figures non genrées manifestent joyeusement en brandissant des broccolis, symbole crypto-lesbien car anciennement bouquet s’amoureuses saphiques.




Tintamarre, 2024
Vue d'installation,
Dessins à l'encre sur papier, fausse pelouse, faïences émaillées
Exposition collective Biennale de la Jeune Création, La Graineterie, Houilles, FR
Commissaire : Marie Bechetoille
Photos : ©Kit_

Arbre généalogique, 2022-2024
Installation de 7m x 7m,
Aquarelle sur papier, Peintures d’émail sur faïence,
Crayons de couleur sur papier, Love Story, (vidéo), 17’ min
Vue de l’exposition 100 % La Villette, Paris, FR
Commissaire : Ines Geoffroy
Photos : © Quentin Chevrier
☆ Arbre généalogique, 2022-2024
L’assemblage de dessins forme un arbre grandeur nature, inspiré des arbres généalogiques médiévaux, à la différence que celui-ci ne représente que des femmes et leurs compagnonnes monstresses. Par ce même système de féminisation, l’arbre porte des fruits clitoridiens, en réaction aux représentations médiévales d’arbres à pénis, visibles par exemple dans les marges du manuscrit du Roman de la Rose conservé à la Bibliothèque nationale de France.
☆ À nos seuls désirs, 2023
"À nos seuls désir est une proposition originale de Héloïse Farago pour La VITRINE. L’artiste met en scène des chevalières aux désirs lesbiens, des récits de femmes en armures et d’amantes-chevalières qui font de leurs délires des désirs, de leurs chimères des réalités. Il ne s’agit pas d’attendre des droits mais d’écrire des histoires au présent qui s’octroie la pleine liberté, la pleine légèreté de l’amour. La Vitrine est aussi un femmage à la tapisserie iconique du Moyen-Âge, la Dame à la Licorne, dont la sixième tapisserie s’intitule À mon seul désir. Par cette reprise Héloïse Farago semble inscrire l’ensemble de ses Guerrières dans la filiation de ce message de liberté de la Dame à la Licorne et lui confère une portée communautaire."
Texte de Céline Poizat

Love Story est un film réalisé entre 2022 et 2023 qui dure 17 minutes et 10 secondes, et qui est visible sur vimeo sans mot de passe.
☆ Love Story, 2023

Vue de projection dans l'exposition collective Sweet days of disciplin,
Centre d’art de la Villa Arson
Photos : ©Jean-Christophe Lett

☆ Les Conjugueuls #2 : L’heure rose, 2023-2024
Les conjugueuls est un cycle d'exposition avec plusieurs occurences, dont le commissariat a été mené par Valentina Ulisse dans le cadre de la programmation 2023-2024 hors les murs du CAC Brétigny. Héloïse Farago a réalisé pour la deuxième occurence, L'heure rose, des vitraux de papiers in-situ.

Chevaleresse, Vitraux, et Chansonnier géant, 2022-2024,
Vue de l’exposition hors les murs : Les Conjugueuls #2 : L’heure rose
Commissaire : Valentina Ulisse Galerie Francval d’Arpajon. CAC Brétigny, 2024,
Photos : © Pauline Assathiany


☆ Diplôme, DNSEP, juin 2023

Vues d'accrochage, 2023
Costumes-Sculptures, papier peint nappe, dessins, peintures d'émail sur faïence, ouvrages de références
Photos : © Oriane Cotton
☆ Tortenspitzen, 2022-2023
Cette série de dessins aux crayons de couleur sur napperons de cuisine en papier, a été initiée en 2022 lors d'un Erasmus à Leipzig. Le matériau pauvre du napperon de papier, qui ramène à une notion de domesticité, est sublimé et utilisé comme support noble pour des images émancipatrices inspirées d'un univers de bestiaire médieval.



Dessins de petites monstressses, 2021 30 cm x 20 cm Aquarelles sur papier
☆ Château-Foufoune, et autres travaux de peinture

Château-Foufoune, 2022 100 cm x 70 cm, Aquarelle sur papier,
Collection particulière
☆ Peintures sous plastique
Peintures sous plastiques, 2021-2023
Ces peintures sont réalisés sur des objets domestiques en plastiques (porte-clé personnalisable, boules de Noël transparente à remplir, etc...) d'après le procédé de la peinture sous verre très présente au moyen-âge. Ces objets de peu de valeur et de qualité médiocre sont sublimés dans leurs formes rondes et la brillance que leur ocroit le plastique.
☆ Performances
Performances mettant en scène le personnage d'alter-ego TroubaDure, une trobaïritz lesbienne qui chante des chansons médiévales, renaissances ou folkloriques sur des instrumentales de Rap.
✯Perfomance à la Tôlerie, en avril 2023, ©Leonard Cohade
✯Performance lors du DNA, en juin 2021
✯Performance lors du festival Marcel Longchamps au musée des Beaux-Arts de Marseille, en septembre 2023

☆ Céramiques, 2021-2024
La pratique de la céramique est tournée essentiellement vers des fins picturales, puisque l'émail est utilisé véritablement comme une peinture où la vitrification des couleurs ramène à une forme de domesticité, qui a donc mené vers l'utilisation de carrelages, souvent matériel de crédence que l'on retrouve dans les cuisines et les salles de bains au creux de l'intimité des foyers.
























